Le pastel, s'il fallait retenir une plante tinctoriale qui a marqué l'histoire, demeure l'une des sources de bleu les plus utilisées en Europe depuis le néolithique. Son nom gaulois (le Glastrum) montre l'importance de cette plante sacrée à l'époque de la Tène finale qui possède un fort pouvoir religieux et guerrier. Les Bretons et les Pictes se peignaient le corps avec, ce qui fit dire à César que les femmes de ces peuples ressemblaient à des éthiopiennes. Le pastel fut ensuite cultivé dans plusieurs régions d'Europe, surtout à partir du XIIIe siècle avec le triomphe de la couleur bleue. Il fit la fortune de régions diverses comme Amiens mais surtout Toulouse et Albi. Le principe de teinture est le même qu'avec l'indigo. Le pastel a cependant le désavantage de moins concentrer de matière colorante. Il en faut donc beaucoup pour obtenir un bleu saturé. Aujourd'hui, la culture du pastel est relancé à Lectoure                        pour produire des colorants, pigments à base de feuilles de pastel.

Les plantes à indigo

Il existe de nombreuses plantes à indigo, réparties en différentes familles :

- Les « vrais » indigo, les Indigotiers ;

- Les Guèdes dont fait partie le pastel ;

- Les Renouées à indigo dont fait partie la renouée des teinturiers ;

- Les Lauriers à indigo,…

Il existe d’autres espèces de plantes à indigo, moins connues et spécifiques de certaines régions d’Afrique, d’Inde ou d’Amérique.

Les plantes à indigo produisent du bleu. Nous allons nous intéresser particulièrement au pastel et à la renouée des teinturiers car ce sont ces plantes que nous avons utilisées lors de nos expériences.

a/ Le pastel

Le pastel est la première plante à indigo a être utilisée en Europe. Il est issu d’une plante, l’istasis tictoria, appelée plus communément guède ou tout simplement pastel.

Cette plante possède de grosses fleurs jaunes et peut atteindre 80 cm de hauteur. Elle est de la même famille que les navets, colzas, choux et radis, et est bisannuelle ou annuelle. Cette plante pousse abondamment dans les friches et aux bords des routes. Outre ses capacités à produire un beau bleu, elle est également cicatrisante et antiscorbutique.

Elle était longtemps cultivée en Normandie et en Provence, et surtout dans la région de Toulouse.


Obtention du pigment :

La récolte s’effectue sur des plantes âgées d’un an. Les feuilles sont flétries puis broyées jusqu'à l’obtention d’une pâte. On forme avec cette pâte des boules de la taille d’une orange (appelées coques). La pâte est alors stockée et va subir une première fermentation. Par la suite elle subit une seconde fermentation. Les coques sont pulvérisées et arrosées, la pâte est brassée à même le sol. Après un séchage progressif la pâte se transforme en un « humus » de couleur brunâtre. Le pigment est prêt à être utilisé.

Utilisation :

Le pastel est un colorant de cuve. En effet, son pigment, « l’isatan » existe sous deux formes l’une est incolore et l’autre est d’un beau bleu.

C’est évidemment cette dernière qui est utilisée en teinture. Malheureusement, elle est inerte c’est à dire qu’elle ne se fixe absolument pas sur le tissu.

On prépare dans une cuve le pigment sous sa forme active sans oxygène grâce à l’ajout de chaux ou de potasse (réaction d’oxydoréduction), le bain devient jaunâtre ce qui signifie que le pigment est prêt à teindre. On trempe les tissus dans ce bain, et on les laisse au contact de l’air. La couleur bleue apparaît progressivement, elle est solidement fixée.

Le pastel est d’une utilisation très délicate et la fabrication du pigment est très longue (environ 2 ans). C’est pourquoi il a été détrôné par d’autres plantes à indigo.

b/ La renouée des teinturiers (polygonum tinctorium)

La renouée est une plante herbacée annuelle. Elle possède des tiges noueuses, de couleurs tirant vers le rouge. Les feuilles sont ovales et pointues au bout. Elles sont vert foncé, bleuâtre à la maturité. Les fleurs, de couleur blanc rosé à rose vif, sont petites et regroupées. La plante produit des graines petites, noires et brillantes. La renouée aime les climats tropicaux chauds et humides de son pays d’origine, le Vietnam.

Aujourd’hui elle est cultivée à petites échelles en Californie et des cultures expérimentales ont lieu en Europe. Sous nos latitudes, la plante est récoltée en deux fois en juillet et en septembre. Pour teindre, on utilise uniquement les feuilles. Le pigment est l’indican.

L’extraction du pigment a lieu suivant les mêmes techniques que pour le pastel. La renouée est un colorant à cuve comme toutes les plantes à indigo.

Réalisation de la teinture avec le polygonum :

Ingrédients :

  • Indigo de polygonum

  • Argile (agent hydratant)

  • Carbonate de potasse (agent alcanisant)

  • Hydrosulfite de soude (agent désoxygénant)

Principe : L’indigo est insoluble dans l’eau mais il est néanmoins mis en suspension dans la cuve grâce à l’argile. L’action du solvant (hydrosulfite) est permis par l’ajout du carbonate.

L’indigo se solubilise, il perd sa couleur bleue, signe qu’il est capable de pénétrer le tissu. Au contact de l’air le bleu réapparaît sur le tissu, solidement fixé.

Montage de la cuve :

- On chauffe de l’eau à 60°C environ. On y verse l’indigo et l’argile et on y ajoute l’hydrosulfite et le carbonate.

- On remue doucement sans faire de bulles et on maintient la cuve au chaud (par ex au bain-marie) durant 20 minutes à 1 demi-heure.

Lorsque le liquide devient vert jaune, la cuve est prête à teindre.

Avant chaque trempage de tissu, on remue doucement pour mettre les particules en suspension.

Le nouage :

La technique du nouage est très ancienne et bien que le travail de réserve noué est assez simple à expérimenté, nous avons à redécouvrir des pratiques utilisées en Afrique, en Chine et au Japon (le shibori désigne en japonais le fait de « nouer en serrant »).

La variété des signes et figures peuvent se pratiquer à la main ou à la machine à coudre, nous pouvons aussi insérer au tissu des objets durs afin d'obtenir une forme dé réserve spécfique.

Une succession de nouage et dénouage permettra de dévoiler une multiplicité de mélange de couleurs.